Introduction

Introduction
Je suis étudiante infirmière, comme beaucoup de jeunes femmes en France, je rêve de voir mon nom inscrit sur une blouse blanche, mais le chemin est long et parsemé d'embuches, de formatrices glauques, de stages improbables et de situations embarassantes... Ce blog à la Bridget Jones s'adresse aux étudiants en médecine, soins infirmiers et à tous les autres, pour le plaisir des yeux et pour ceux qui aiment passer du rire aux larmes.
Vous pouvez laisser vos commentaires, vos anecdotes,etc...
Bonne lecture!

PS: pour des raisons de sécurité, je préfère garder l'anonymat car certains témoignages peuvent me revenir un jour en pleine poire!

# Posté le jeudi 24 janvier 2008 13:49

Prélude

Je me présente, F., 20 ans, étudiante et fauchée. A l'heure où j'écris ces premières lignes, le solde de mon compte doit frôler les vingt euros, le montant de mes dettes s'élève à huit-cent soixante-six euros, l'inventaire de mon frigo se résume à un paquet de jambon et une boite de kiri, et c'est mon quotidien...

C'est un soir, en prenant ma douche que l'idée d'écrire m'est venue. Pourquoi? Et bien lorsque vous n'avez pas un rond en poche, vous n'avez pas les moyens de prendre une douche chaude. Et c'est dans ces moments de solitude et de desespoir que les idées les plus farfelues vous passent par la tête. Des idées lumineuses pour devenir plus riche que Crésus. Seulement voilà, il a fallut faire un tri...

Jouer au loto? Pas d'argent pour payer le billet.
Danseuse de bar? Pas le physique recherché, et mon copain n'accepterai pas.
Serveuse dans un restaurant? J'ai une mémoire de moineau, j'oublierai même de venir travailler.
Chanteuse à la star ac'? Je ne chante que sous ma douche, ce qui exaspère mes voisins.
Actrice? Hum...non. Je doute que l'on appréçie mon accent alsacien.
Figurante dans une publicité? Puisqu'on paraît plus gros à la télévision, je cacherai tout l'écran!
Ecrire une chanson? Aucun talent pour le rime.
Ecrire un livre? Ah ouai... même Bridget Jones sait le faire!!!

Et là, ma douche m'a parue plus chaude. Alors je me suis mise sur mon canapé minable, dans mon appartement aussi froid que le pôle nord avec mon seul et unique compagnon de galère: mon chat.
Je n'en ai pas dit un mot à mon petit ami et me voilà lancée dans une aventure nouvelle qui ne coûte que quelques minutes par jour, et un peu d'électricité pour mon ordinateur. Une tasse de café bien chaud et hop, les idées se bousculent, les lettres s'enchainent, les phrases se multiplient et les chapitres se succèdent.

# Posté le jeudi 24 janvier 2008 13:50

Chapitre 1: Flash Back

Tout commence en mars 2005, journée froide dans mon petit village d'Alsace. Mon père, qui nous élève mes soeurs et moi suite au divorce avec ma mère, me ramène un courrier avec un sourire au coin de la bouche. C'est la convocation au concours d'entrée en école d'infirmière, un projet qui le rendait très fier.

Ma mère est aide-soignante, mon père travaille dans les bureaux de l'hôpital du coin. Une fille infirmière, l'idée les remplisaient de joie. J'avais donc un lourd poids sur mes épaules. Je regarde les infos, lis le journal, m'intéresse aux sujets de société, etc...

Le jour du concours est arrivé très vite, il m'a fallu un tube de vitamine, un repas plus que complet et une demi-heure au petit-coin pour être d'attaque.
J'arrive en retard, comme à mon habitude, je dérange les six-cents personnes présentes pour trouver ma petite place et déballe ma seule et unique arme pour cette bataille, mon stylo fétiche. Et voilà, c'est parti pour quatre longues heures de tests psychotechniques qui m'emmèlent les neurones entre eux, et des questions interminables sur les sujets de culture générale. Deux mois plus tard, je passe l'épreuve orale suite à ma réussite aux écrits.
L'épreuve orale c'est comme un premier entretien d'embauche, on vous reluque de la tête aux pieds, on vous pose des questions a qui vous perdre vos moyens, et pour finir, on vous mets tellement mal à l'aise qu'à la sortie de la salle d'entretien vous pouvez faire un 200m papillon dans votre slip, tellement vous avez transpirés. Le jury est composé généralement d'une cadre de santé qui rit à chacune de vos réponses, d'un enseignant de l'école d'infirmière qui vous piège sur des questions inimaginables et enfin, d'un psychologue qui vous dévisage comme un hibou affamé. Bref, que du bonheur!
Et voilà, le jour du résultat des épreuves est déjà là! Je dois jouer des coudes entres les filles hystériques qui appellent parents-frères-soeurs-amis-cousins-grand'parents-chiens-chats-voisins et compagnie, et celles qui pleurent la Seine parce qu'elle ne sont que vingtième du classement. Et puis plus loin, les plus discrettes, celles qui ne sont pas admises et qui cherchent mille et une excuse pour annoncer leur défaite à leurs proches. Et puis moi, qui me fais un passage tel un rugbymen lancé vers un essai, j'arrive devant le tableau (enfin, c'est pas trop tôt) je vois mon nom suivit de la mention « admise ».
Voilà c'est le début des emmerdes!
Quelques semaines plus tard, c'est la rentrée. Je découvre un milieu nouveau, des visages nouveaux, bref, un monde nouveau. Le monde des blouses blanches et des piqûres s'ouvre à moi. J'apprends à connaître des filles, les sorties s'enchainent et les affinités se crées. Les premières semaines sont ennuyantes à mourir, on nous explique la relation soignant-patient, comment se laver les mains (eh oui, même ça!), et puis enfin les choses sérieuses commencent: le premier stage.

J'arrive comme une fleur, pleine de bonne volonté, de soif de savoir et de confiance en moi. J'en ressort vide. Vide de sensation, dégoutée de la connerie humaine que l'on peut rencontrer dans les équipes médicales, démotivée et douteuse de mon avenir. Ma note de stage ressemble à une mauvaise blague, les remarques sont encores plus incencées que la note: « F. n'a pas su se rendre compte de la charge de travail en service de chirurgie, a passé son stage à se regarder le nombril. Elle n'a rien a faire dans un service de soin ». Je vous passe les détails bien évidemment. Quand je me revois en train de ramasser le vomit pendant que mes collègues prennent le café, et que je passe la serpillère suite à une diarrhée bien sympathique et que mes très chers référents de stages me regardent en me disant « voilà, c'est comme ça que rentre le métier », je me dis que j'ai peut être choisit la mauvaise voie. Je rentre chez moi, dépitée, raconte mes déboires à mon père qui sèche mes larmes et me dit « c'est un mauvais moment a passer, il y aura des stages que tu apprecieras ».

Après des nuits face à ce rapport de stage déplorable, après des semaines de réflexions, je décide de me laisser une chance et de poursuivre l'aventure. Mais comme à mon habitude, la chance ne me sourit pas. Le prochain stage est le stage de psychiatrie.
La psychiatrie m'enchante très peu et comme « j'ai passé mon stage précédent à me regarder le nombril » je redouble d'effort. Je me plie à toutes leurs volonté, de la prise de sang au lavage des toilettes en passant par la vaisselle du personnel, mais encore une fois ça ne suffira pas. Le rapport de stage est encore plus désastreux. J'ai d'abord cru à une caméra cachée, mais j'ai vite comprit comment ça se passait. Puisqu'on est toujours deux stagiaires, ils choisissent un bouc émissaire et un protégé. Alors biensûr une fille de médecin c'est toujours mieux qu'une fille d'aide-soignante et d'un magasinnier. La fille de médecin avait bien évidemment ramené des petits pains et des chocolats pour le personnel, moi, j'étais arrivée avec un cake brulé qui ne ressemblait à rien. Et voilà, encore un stage déprimant.
Au moins maintenant je sais nettoyer les toilettes!

De retour en cours, ma responsable me convoque, on se serait cru dans un film policier, c'était l'interrogatoire d'un innocent face à un flic qui ne se base que sur les dépositions. Seulement quand les dépositions ne sont que des mensonges, il faut se battre pour se défendre! Seulement là, les larmes prennent le dessus, je lui explique que je doute de mon désir de devenir infirmière, que je ne sais plus où je vais, que par ces stages j'avais l'impression que le diplôme d'infirmière était délivré aux meilleures lèches-bottes et aux têtes qui leurs conviennent. Elle dit une phrase que je n'oublierai jamais « execute et tais-toi ». Il était là le soucis, mon caractère ne leur plaisait pas. J'ai une diarrhée verbale, je dis tout ce que je pense, je me défends quand on m'accuse à tort, et dans le milieu médical, mieux vaut fermer sa gueule et exécuter les ordres comme une chèvre.
Eh bien bonjour le métier d'infirmière! Mais comme je suis têtue, je vais au bout de mon année pour voir si je suis une bonne chèvre...


Je mets en pratique les conseils que l'on m'a donné, il me restera deux stages pour voir si j'ai bien compris les règles du jeu. Mon stage en médecine se passe à merveille, le deuxième stagiaire est un mec avec qui le courant passe très bien. On s'aide mutuellement, on cache les erreurs de l'autre, on s'éclate, bref notre bonne humeur plait à toute l'équipe. Enfin un point positif! Mais comme toujours, le bonheur passe pour laisser sa place à des moments plus difficiles. Nous faisons la connaissance d'une femme de quarante ans, très agréable, ses enfants viennent régulièrement, bref une personne très bien. L'infirmière nous dit qu'elle ne vivra plus longtemps mais à première vue cette dame est en pleine forme. Plus tard nous apprenons qu'elle a le cancer de la peau. Les jours se suivent et je la vois diminuer. Elle se lève de moins en moins de son lit, un rien l'esouffle, elle est fatiguée. Je discute avec elle, j'apprend qu'elle est professeur des écoles, que sa passion est la randonnée, mais elle sait que plus jamais elle ne pourra revoir la montagne. Quelques semaines plus tard, elle s'éteint. Il faut expliquer cela aux enfants, diriger son mari dans les démarches administratives mais aussi maitriser son émotion. La mort venait nous rappeler qu'on allait se rencontrer souvent...

Le dernier stage est arrivé, le stage de gériatrie. Après une superbe note en médecine, j'étais requinquée pour ce nouveau stage. Je l'attendais impatiemment. J'avais vu mes arrières grands-parents soignés à domicile et j'avais envie d'être confrontée aux mêmes situations que mes parents et grands-parents lorsqu'ils avaient accompagnés mes ancêtres vers la mort. La maison de repos donnait froid dans le dos, elle était sombre, des croix chrétiennes étaient accrochées à chaques coins de murs, et les chambres accueillaient encore 3 à 5 personnes. J'en avait des frissons dès mon premier jour. Tous les résidents étaient grabataires, mais chacun avait quelque chose d'attachant. Ma référente de stage était originaire de la guadeloupe, et lorsqu'elle parlait l'alsacien avec son accent de là-bas tous les petits vieux se mettaient a rire. Je lui apprenais des mots, elle m'apprenait mon métier. On a passé des heures à rire au grand plaisir des résidents. L'une d'entre eux m'a apprit a tricoter, un autre me faisait des coloriages en échange de bisous, un autre me racontait comment son père lui avait apprit a conduire un tracteur. Biensûr il y avait aussi des personnes rétissantes aux soins, agressives et pénibles. Mais comme toujours, on ne garde en mémoire que les bons moments. Les décès se succèdaient, la chaleur de l'été était pénible a supporter mais par la bonne entente qui règnait cela semblait superflu.
A la fin de mon stage, tout le monde m'a félicité, j'ai eu la meilleure note qu'on ne puisse espérer et mes vacances d'été pouvaient démarrer en beauté puisque j'avais validé ma première année.

# Posté le jeudi 24 janvier 2008 13:51

Chapitre 2: Première Deuxième Année

Chapitre 2: Première Deuxième Année
Et voilà, la « Desperate Student » devient motivée, remontée, mais reste toujours une petite fourmi parmis les géants de la médecine.
Après des vacances bien méritées, la reprise des cours se passe à merveille. Les premiers partiels montrent que mon Q.I est supérieur à celui d'une huitre, je suis ravie d'avoir tenu le choc et d'être arrivée jusque là!
Mon premier stage de l'année est déjà là, je vais dans une maison spécialisée pour handicapés mentaux: j'apprehende terriblement! Je n'ai jamais cotoyé de personne handicapée mentale de toute ma vie, je n'ai que des clichés, mais tout cela va changer...
Mon arrivée dans le groupe de onze personnes handicapées mentales est très mouvementé. Une femme court droit dans un mur, un autre hurle des chansons enfantines, une jeune femme lèche le sol et un jeune trisomique reste dans son fauteuil sans un mot. Une ambiance particulière reigne dans la pièce, mais l'équipe soignante me rassure et me dit que je vais me plaire dans ce stage. Evidemment, j'en doute!
Seulement voilà, ce stage reste à jamais gravé dans ma mémoire comme une expérience humaine unique, qui m'a apprit beaucoup de choses sur ces personnes souvent abandonnées par leurs familles car elles sont « anormales » ou encore dites « inhumaines ». J'ai partagé des moments inoubliables avec ces personnes si attachantes comme des courses de Noël, des après-midi à la piscine, des promenades, des bricolages,etc... Je me souviens de leurs sourires lorsqu'ils découvraient l'hypermarché du coin avec leurs bonnets de Père-Noël clignotants sur la tête, de leur fierté lorsqu'ils chaussaient des bottines toutes neuves pour aller voir la neige. Un sourire pendant le bain, un éclat de rire à table, un bisou avant de dormir...et je rentrais heureuse de la journée que je venais de passer. Mais je ne connaissais pas encore E. une soignante du groupe...
E., c'est comme ça que je l'appellerai, était une soignante d'un certain âge, d'une certaine catégorie sociale, et avait ses « méthodes » pour calmer les cris et angoisses des résidents. Je l'ai d'abord vu enfermer une jeune femme dans le noir dans sa chambre car d'après elle la résidente faisait du « cinéma ». Puis je l'ai surprise en train de donner un bain d'eau froide a un patient handicapé physique et mental car il avait fait pipi au lit! D'abord je me demande si je ne noirçit pas le tableau, puis, prise par le remord, je décide d'en parler avec une soignante qui paraît bien m'apprécier. Elle m'explique que E. est une « ancienne » de la maison et qu'elle a beaucoup d'influence à la direction, que depuis quelques temps le personnel essaye de signaler ses agissements à la direction, mais étant donné son expérience et son long bras, la voix des petites nouvelles ne porte pas ses fruits.
On en discute longuement,le dernier jour de stage est déjà là, la note de stage aussi. Je fais l'unanimité : 19/20 et une très bonne remarque. Je pars, ferme la porte, larmes aux yeux.
En allant vers le parking du centre, les yeux humides, la tête pleine de beaux souvenirs mais avec un regret: E. Elle ne pouvait pas s'en sortir comme ça! Ca serait vraiment trop injuste! J'ai donc décidé d'aller voir la directrice du centre et de tout lui dire, exactement tout ce que j'avais vu. Elle m'a écouté attentivement, prenais quelques notes, et puis m'a remerçié d'avoir eu le courage de dire les choses qui ne devraient pas se dire. Un mois plus tard, j'apprends que E. a été mise à la porte et que la justice s'interessait à ses actes de maltraitance....

Après le stage, les vacances de fin d'année, les bonnes résolutions et les kilos qui me courent après comme des mouches sur une merde. Mais les vacances, c'est comme toutes choses, c'est jamais éternel!

A la rentrée, on commence tout de suite par un stage: la pédiatrie. Chouette, je vais pouvoir apprendre à tenir un gosse dans mes bras! Bah oui, je n'ai jamais été entourée de petites progénitures. Alors d'emblée je suis franche, je dis que je n'ai jamais touché un enfant de toute ma vie, que comme toute bonne stagiaire je suis là pour apprendre et me perfectionner. Erreur, énorme erreur!!! Je passe pour la blonde de service, la potiche du service de pédiatrie. Je cours après les puéricultrice pour apprendre le bases (changer une couche, donner un bain ou encore un biberon), personne n'a le temps, je dérange, je dois nettoyer une chambre, sortir la poubelle, bref tout est fait de sorte que je ne puisse pas toucher un seul bébé. Les premiers jours sont durs, mais les suivant seront pires encore. On me reproche de ne pas m'interesser au travail des auxiliaires de puériculture, de ne pas poser de question et de servir de décoration dans les couloirs. C'est bien normal si personne ne me laisse toucher un enfant! J'ai de moins en moins envie de venir le matin, je dis que j'ai mal au ventre pour qu'on me dise de rentrer chez moi mais ca ne marche pas. Puis la deuxième semaine je vais chez le médecin pour qu'il m'exempte de stage au moins deux jours, le temps de reprendre un peu de punch. Mais lorsque je retourne au service de pédiatrie, on me dit que jamais je ne serais une bonne infirmière, que je n'étais bonne qu'a retourner dans mes bouquins et que jamais un jury ne m'adresserait le diplôme d'état d'infirmière. Quelles connes!!! C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase...j'envisage de quitter l'école d'infirmières. Je me fais prescrire un arret maladie pour les semaines restantes de stage et prend un rendez-vous avec ma responsable à l'école. Elle me dit que je suis une bonne élève en théorie, certe la pratique en stage n'a pas toujours été parfaite et sans vague, mais qu'il n'y avait que moi pour décider de mon avenir.

Deux semaines plus tard, après des nuits blanches, des remises en questions, et d'énormes doutes quant à ma capacité de devenir une bonne infirmière, relevant toute les responsabilités que ça comprend, je décide de quitter l'école.
Je demande alors mon diplôme d'aide-soignante (obtenu d'office après le passage en deuxième année d'école d'infirmière) et me mets à la recherche d'un emploi. Je pense tout de suite au centre pour personnes handicapées mentales dans lequel j'ai fais mon stage, mais je n'ai jamais reçu de réponse. Une semaine est passée et je passe enfin mon premier entretien d'embauche pour un CDI de 3 mois dans une maison pour personnes agées dépendantes. Mon profil plait tout de suite au chef de service et très vite je fais mes premiers pas dans les couloirs de la maison de repos vêtue de la blouse blanche.

C'est l'entrée dans la vie active, je rentre dans la cour des grands...

# Posté le jeudi 24 janvier 2008 13:53

Chapitre 3: L'aide-soignante qui sommeille en moi

Je garde de mon premier jour un excellent souvenir, toute l'équipe soignante est heureuse de voir duex bras en plus et une jeune soignante pleine de vie et de bonne volonté. On me montre le service, me présente aux résidents, et très vite je me fais une place dans la maison de repos. Les petites mamies m'adorent déjà, je fais le clown dans les couloirs pour mettre un peu de bonheur dans le service. Je me lie d'amitiés avec plusieurs résidents, ils m'offrent du chocolat, des bisous et me réclament au moment de se coucher pour un dernier sourire de la journée. J'apprends aussi la patience lorsque certains résidents m'insultent, me lancent leurs excréments dessus, m'envoient leurs plateaux repas quand je rentre dans leur chambre. Le soir, je rentre chez mon père, je lui raconte ma journée et pars dans les bras de Morphée satisfaite du bien que j'ai pu apporter à ces personnes seules, rythmées par les repas et les feuilletons télés.

J'adore ce que je fais, je le fais bien, ce qui attise la jalousie de quelques aides-soignantes qui décideront de me rendre la vie dure. Je ne serai pas attendue pour la pause déjeuner, on me laissera laver les plaques de vomit et les diarrhées pendant qu'elles prendront leur café. Décidement, il y a des connes partout!

Je rencontre la mort régulièrement, apprends a relativiser, a laver les corps inertes pour les présenter à leurs familles et a être la dernière personne à qui on confie ses derniers mots, son dernier souffle... C'est un beau métier que je ne regrette pas d'avoir mis au service de ceux qui en avait le plus besoin. Je ne suis pas une sainte, j'ai moi aussi mes moments de faiblesse, des moments d'impatience, mais je prends sur moi pour rendre la vie des autres plus simple et parfois plus agréable. Mon CDI est terminé, mais la chef me refait signer pour trois mois de plus.

Entre temps, mon père a rencontré une femme, très sympathique aux premiers abords. Nous faisons très vite sa connaissance, elle vient passer les week-ends à la maison, et puis de fil en aiguille s'installe tout doucement chez nous. Lorsqu'elle emmenage, ma petite soeur et moi l'accueillons à bras ouverts, et pendant ce temps la terre continue de tourner. Mais le temps passe et elle se plaint de plus en plus de mes sorties, de mon comportement qu'elle trouve irrespectueux, de mon manque d'investissement au sein du domicile familial et la situation se dégrade. Elle me fait la gueule une fois par semaine, se mets à pleurer à chaque mot de travers, bref une nouvelle barrière sur le chemin déjà bien sinueux de ma vie. Ensuite c'est à mon père qu'elle reproche mon comportement, ce qui mettra un froid entre nous. Le boulot n'est déjà pas de tout repos, et maintenant c'est à la maison que les choses se gâtent. J'essaye par tous les moyens d'expliquer à mon père que sa nouvelle copine se fait des idées sur moi et qu'elle mets un froid dans la maison, mais il est amoureux et n'entend pas mon point de vue. L'ambiance devient électrique, et après une énième dispute avec la malheureuse, je fais les petites annonces et à 21h je rencontre la femme qui deviendra ma propriétaire une semaine plus tard. C'était la bien-aimée à plaindre de mon père ou moi la calamité qui a arrêté ses études qui devait partir. Comme je ne suis pas de nature très patiente, j'ai fais mes cartons et en une semaine j'avais mon studio à moi, loin de « la bien-aimée ». J'étais à présent chez moi, je pouvais enfin vivre comme il me plaisait sans que la « bien-aimée » n'ai quelque chose a en redire, mais il y avait pire: j'étais seule!
La solitude était mon ombre, je ne vivais qu'avec elle, ne mangeait qu'avec elle, et elle me donnait la nausée. Mon petit copain et moi étions en « break », oui cette situation où les deux membres d'un couple font semblant de ne pas se manquer et se retiennent de prendre leur téléphone pour appeler l'autre. De plus, il vivait toujours chez ses parents et n'était pas prêt de les quitter. Il avait tout ce qu'il voulait là-bas, faisait comme il voulait, sa seule contrainte était d'être rentré pour l'heure du diner. Mais il me manquait, je me sentais seule, pas une seule visite de mon père (la « bien-aimée » veillait à ces faits et gestes), j'ai donc décidé d'adopter un chat. Quand il a passé le pas de la porte, j'ai tout de suite craqué sur lui, je savais qu'il serait mon deuxième amour. Il était roux, tigré de la tête aux pieds, et amorphe toute la journée. Je l'ai donc appelé Marley, en référence à un célèbre chanteur connu pour sa mollesse et sa tension frisant le chiffre 2. J'ai vite compris que j'avais fait une erreur car la première nuit ce fut un ouragan et non un chat qui logeait chez moi. Quelques semaines plus tard Marley faisait ses nuits comme un bon gros bébé.

J'avais donc ma routine, mon boulot, mon chez-moi, et mon gros chat. Mon boulot c'était comme un chien, on ne savait jamais comment il fallait se comporter, une fois la journée était douce et agréable, l'autre fois elle était lourde et te sautait au cou. Mais tout s'est terminé quand lors d'un lever de malade je me suis blessée au genou, impossible de continuer mon travail sans hurler à chaque mouvement, et le médecin me met en arret maladie (eh oui, encore un!). J'annonce mon incapacité a travailler, et mes collègues râlent déjà. Puis je reçois la visite d'un inspecteur de la sécurité sociale, mes collègues pensent que mon arrêt maladie est bidon. Ensuite c'est la chef du service qui m'appelle pour me dire que si je ne revennais pas travailler je ne serai pas soutenue pour un prochain contrat. C'est là que le déclic se fait. Je pense à reprendre mes études d'infirmières, je me dit que j'étais une bonne aide-soignante, que j'ai toujours su faire mon travail correctement, que j'ai toujours fais face dans les moments de crises et que peut être je suis prette à reprendre ma vie d'étudiante.
Je fais les démarches, écris à la directrice de l'école d'infirmières, m'incris aux ASSEDIC et je n'ai plus qu'à attendre les réponses.

# Posté le jeudi 24 janvier 2008 13:55